IDEWE et le Belgian Cancer Registry ont lancé la base de données BOCCA, qui croise les données de santé au travail et les registres de cancer afin d’analyser les liens possibles entre exposition professionnelle et cancer en Belgique. Sur les 775.277 travailleurs suivis par IDEWE entre 1992 et 2020, environ 3 % ont reçu un diagnostic de cancer au cours de leur carrière, ressort-il des premières analyses présentées mardi dans un communiqué commun.
La base BOCCA (Belgian Occupational Cancer Cohort Analysis) relie les données issues des examens médicaux réalisés par IDEWE aux enregistrements du Belgian Cancer Registry. L’objectif consiste à permettre des analyses à grande échelle sur la répartition des cancers selon les secteurs professionnels, sans établir de lien de causalité direct.
Parmi les 775.277 travailleurs examinés par IDEWE sur la période étudiée, 20.161 ont reçu un diagnostic de cancer, soit environ 3 %. Les cancers les plus fréquemment observés étaient le cancer du sein (5 %), le cancer de la peau (7 %), le cancer de la prostate (3 %), le cancer du côlon (3 %) et le cancer du poumon (2 %). À eux cinq, ces cancers représentent 66 % de l’ensemble des diagnostics recensés.
La répartition varie sensiblement selon les secteurs. Dans le secteur des soins de santé, 46 % des travailleurs diagnostiqués avec un cancer étaient atteints d’un cancer du sein. « Bien qu’il n’y ait pas de lien de causalité direct entre l’emploi ou le secteur et le type de cancer, nous constatons une présence plus importante de certaines formes de la maladie en fonction du secteur », explique la Dre Hilde De Raeve, conseillère en prévention-médecin du travail chez IDEWE. Elle souligne que l’âge, le sexe et les expositions professionnelles entrent en ligne de compte dans l’interprétation de ces chiffres.
Dans le secteur de la construction, à prédominance masculine, 22 % des cancers diagnostiqués concernaient la prostate et 12 % le poumon. « Ce pourcentage peut probablement s’expliquer en partie par le taux de tabagisme important dans ce secteur », indique encore la Dre Hilde De Raeve, rappelant que 42 % des travailleurs du secteur étaient fumeurs. L’exposition potentielle aux gaz d’échappement et aux poussières inhalables est également mentionnée comme facteur à considérer. Les secteurs des transports et de l’industrie présentent des profils comparables, avec une fréquence accrue des cancers de la prostate, du poumon et du côlon.
IDEWE insiste par ailleurs sur l’importance du maintien du contact entre l’employeur et le travailleur pendant l’absence liée à la maladie. « Moins il y a de contacts, plus il est difficile de lever le tabou lorsque la réintégration professionnelle se profile », relève la Dre De Raeve. Elle recommande l’adoption de politiques claires de présence au travail, applicables quelle que soit la pathologie, ainsi qu’une information structurée des équipes sur les modalités de reprise.
Le rôle du médecin du travail est également mis en avant. Selon IDEWE, celui-ci peut intervenir dès le diagnostic pour évaluer les possibilités de travail adapté et faciliter la concertation avec l’employeur. Un canal de communication existe désormais entre le médecin traitant, le médecin-conseil et le médecin du travail, avec l’accord du patient, afin de soutenir un accompagnement coordonné. Des informations complémentaires sur la réintégration professionnelle sont disponibles auprès de Kom op tegen Kanker.








